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19 octobre 2020 1 19 /10 /octobre /2020 08:35

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Le film Josep, que l’association « 24 août 1944 » a présenté aux Sept parnassiens le 29 septembre, date de sa sortie sur les écrans, en compagnie du réalisateur Aurel, et qui a été sélectionné à Cannes, vient de recevoir le « Bayard spécial du jury » au festival de Namur. En quinze jours, il a enregistré 120 000 entrées. Chiffre considérable pour un film d’animation, sur un sujet quasi inconnu du public français : la Retirada, du nom de l’épisode tragique de l’exil en France des républicains espagnols en 1939. Le Catalan Bartoli et ses dessins, reconnu mondialement, disparu en 1995, l’est tout autant, et cette découverte de l’homme, de l’œuvre, et d’une histoire oubliée ou volontairement tue, est le grand mérite d’Aurel et du scénariste de Marius et Jeannette, Jean Louis Milési .

Aurel a voulu, dit-il, partir d’un homme et de son œuvre, pour déboucher sur une page d’Histoire, qu’il ignore qu’il veut connaître, et qu’ainsi il met au jour. Bartoli, dessinateur estimé est aussi un militant révolutionnaire.  La Retirada telle que nous la restitue Aurel, c’est son histoire, celles des 500 000 républicains espagnols réfugiés en France en janvier-février 1939, celle de la guerre d’Espagne et de la révolution. Josep Bartoli, commissaire politique du POUM (Parti ouvrier d’unification marxiste) franchit les Pyrénées dans une colonne sous commandement anarchiste. Il fuit, comme tous, face aux armées franquistes, mais également, face aux tueurs de la GPU, qui le menacent en tant que révolutionnaire et poumiste, comme tous ses camarades de parti et bon nombre des militants des « Amis de Durruti ». Pour cela, il a dû rejoindre l’armée dite régulière du gouvernement Négrin, exigée par Staline, et s’y incorporer. Combattre les fascistes tout en étant à l’abri d’un assassinat par les hommes de main de Staline, nécessite de trouver un bataillon dont le commandement leur échappe. Pour lui, ce sera celui qui porte le nom du cénétiste et révolutionnaire Ascaso. C’est dans ses rangs qu’il entrera en France.

C’est la Retirada pour tous les républicains espagnols, mais leur lutte contre le fascisme n’est pas terminée. Pour un grand nombre, ils la reprendront les armes à la main, dans les maquis, la division de Leclerc ou la Légion étrangère. Certains, prisonniers des Allemands dans l’armée française, seront remis aux nazis, déclarés apatrides et subiront les camps de la mort.

Pour tous, femmes, enfants et vieillards, ce seront, dès leur arrivée de ce côté des Pyrénées, les camps de concentration du gouvernement Daladier. Cependant qu’en Espagne se multiplient les bagnes, les exécutions, qu’on se prépare à assassiner plus de cent mille « rouges », souvent sans sépulture, comme en témoignent les centaines de fosses qu’on ne cesse encore de découvrir.

 

La Guerre d’Espagne, la Révolution ? Connaît pas

Pendant des dizaines d’années on a occulté la guerre d’Espagne, d’avantage encore la Révolution.

Pour ce qui est de la guerre au cinéma, on peut mentionner quelques exceptions notables : Mourir à Madrid, La guerre est finie… Pour la révolution : il a fallu attendre Ken Loach et son Land and freedom (Terre et liberté). Le sort réservé aux 500 000 exilés, réfugiés en France, l’existence des camps de concentration de la IIIe République de Daladier sur les plages et le long des Pyrénées furent longtemps passés sous silence, citons toutefois le camp du Vernet dans La lie de la terre d’Arthur Koestler. Au début des années 90, il faut mentionner les travaux de Geneviève Dreyfus Armand.

La Retirada fera l’objet de quelques allusions lors d’hommages tardifs à Antonio Machado… Enfin, l’époque de la Résistance est évoquée par Le roman des Glières de Véronique Salou, qui a eu le prix littéraire de la Résistance pour faire connaître le rôle des républicains espagnols dans le maquis de Haute-Savoie (2007).

L’histoire de la Nueve composée de républicains espagnols sous le commandement du capitaine Dronne, de la division de Leclerc, et qui arrive à Paris Le 24 août 1944 , émerge peu à peu grâce à l’association « 24 août 1944 » dont la présidente est Véronique Salou.

Grace aux archives de la FEDIP, l’ouvrage en français et en espagnol de Pierre et Véronique Salou Les républicains espagnols dans le camp de concentration nazi de Mauthausen permet de redécouvrir le sort de 9000 républicains espagnols dont la quasi-totalité appartenant aux compagnies de travailleurs sous commandement français, et qui seront déclarés apatrides après les accords Pétain-Hitler-Franco et déportés à Mauthausen.

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