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16 juillet 2017 7 16 /07 /juillet /2017 17:40

Inviter Benyamin Nétanyahou à la commémoration de la rafle du Vel d'hiv' : une erreur politique et une faute morale.

Le président de la République française a cru bon d’inviter le premier ministre israélien, Benyamin Nétanyahou, à venir commémorer avec lui, le 16 juillet 2017, le 75e anniversaire de la rafle du Vel’ d’hiv. Ce faisant, M. Macron a commis une erreur politique et une faute morale. Erreur politique car inviter le chef d’un gouvernement d’extrême droite, coupable de multiples exactions vis-à-vis des Palestiniens et accroché à son refus d’ouvrir la moindre véritable négociation de paix, revient à lui donner une caution internationale qu’il ne mérite pas.

En associant par ailleurs à un événement purement français le premier ministre israélien, le chef de l’Etat signifie par là qu’Israël a vocation à intervenir dans toute question concernant les Juifs, à quelque nation qu’ils appartiennent, il en fait le représentant de tous les Juifs du monde, ce qu’il n’est pas, même si cette prétention a caractérisé le mouvement sioniste depuis son origine. Par là même, il dénie aux Juifs français leur qualité de Français à part entière en les assignant à une double appartenance nationale dont la majorité d’entre eux ne veut pas. 

M. Macron n’est certainement pas antisémite mais, en mêlant Israël à une commémoration française, il semble porter inconsciemment toute la mémoire de l’antisémitisme européen, selon lequel un Juif n’est jamais vraiment un Français ou un ressortissant d’une autre nation, il relève d’une appartenance autre, il est d’abord et parfois seulement un Juif. Tant qu’en Europe et ailleurs, on continuera à confondre judéité et Etat d’Israël, on nourrira d’une part l’antisémitisme et on encouragera de l’autre cet Etat à instrumentaliser celui-ci pour poursuivre sa catastrophique politique de colonisation.

Sophie Bessis, historienne et essayiste ; Suzanne Citron, historienne et écrivain ; Gérard Maarek, urbaniste retraité ; Gilles Manceron, historien. Pour le collectif « Trop c’est trop ! » trop-cest-trop.fr

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16 juillet 2017 7 16 /07 /juillet /2017 07:44

14 juil. 2017 Par Vingtras- Mediapart.fr
C'est le 21 mai 1880 que Benjamin Raspail déposa sur le bureau de la Chambre des députés, un projet de loi fixant au 14 juillet la date annuelle de la fête nationale de la République française ; la loi fût adoptée le 8 juin à l'issue d'un débat portant sur la référence bicéphale à la prise de la Bastille et à la fête de la Fédération de 1790...

...mais si l'on veut décoder l'événement, il faut se souvenir que la restauration de la Monarchie venant juste d'échouer*, l'émergence d'une majorité républicaine modérée aux élections avait induit une reconnexion avec la mémoire de la Révolution française.

Alors les notables bourgeois qui maîtrisaient désormais la gouvernance du pays souhaitaient que cette reconnexion restât formelle et cocardière ; ils décidèrent que la fête nationale serait célébrée par un grand défilé militaire. Ils payaient ainsi leur dette vis à vis de l'armée du Maréchal de Mac Mahon qui avait exterminé la "canaille", neuf ans auparavant, assurant le maintien des privilèges des classes dominantes et rétablissant l'ordre bourgeois.

Depuis lors, cette tradition s'est incrustée dans la vie officielle de la France (et même sous l'Etat de Vichy !) comme si les classes possédantes n'en finissaient plus de rendre hommage aux bourreaux de la Commune de Paris...

Mais si la date choisie fait véritablement référence à la grande fête de la Fédération de 1790, qui marqua l'union des provinces émancipées avec un Louis XVI acculé, elle pourrait se décliner aujourd'hui avec le nouveau pouvoir monarchique quinquennal, sous le signe du travail, de la production des richesses et de la culture, rendant ainsi un juste hommage aux "forces vives de la nation". Un carnaval de la paix.

On pourrait enfin s'exclamer, comme le brave Charles Delescluze, le 1er prairial an 79 :

"Assez de militarisme, plus d'états-majors galonnés et dorés sur toutes les coutures ! Place au Peuple, aux combattants aux bras nus...le Peuple ne connaît rien aux manoeuvres savantes ; mais quand il a un fusil à la main, du pavé sous les pieds, il ne craint pas tous les stratégistes de l'école monarchiste !"

* par l'obstination du Comte de Chambord 

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11 juillet 2017 2 11 /07 /juillet /2017 10:21

 

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11 juillet 2017 2 11 /07 /juillet /2017 10:15

 

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11 juillet 2017 2 11 /07 /juillet /2017 06:59

Pour son premier projet de loi examiné à l'Assemblée nationale mardi 10 juillet, celui qui doit permettre au gouvernement de réformer le code du travail par ordonnances, Muriel Pénicaud n'est pas vraiment malmenée.

Avec plus de 300 députés de la République en marche, une quarantaine d'alliés du MoDem et des Républicains "constructifs", il n'y a aucun danger pour la ministre et son projet. Preuve en est, les motions déposées par l'opposition, Socialistes et Insoumis en tête, sont sans surprise balayées (39 pour, 186 contre). Voilà qui va permettre à Muriel Pénicaud d'aller vite. Vu le peu de débat à l'Assemblée autour du texte, les discussions pourraient être bouclées dès jeudi 13 juillet.

Mais l'affaire Las Vegas fragilise la ministre du travail et perturbe la marche forcée du gouvernement sur la loi Travail. Avec l'ouverture d'une information judiciaire pour favoritisme, le sort de la ministre est désormais entre les mains des enquêteurs. S'ils décidaient de la mettre en examen, elle serait contrainte de démissionner du gouvernement, selon la règle édictée par le Premier ministre Edouard Phillipe.

Le 4 juillet dernier, le porte-parole du gouvernement Christophe Castaner avait rappelé la position de l'exécutif : "Il y a une règle simple, rappelée par le Premier ministre: s'il y avait une mise en examen, y compris dans le dossier qui la concerne – où on parle quand même juste d'un dépassement d'un seuil de marché public pour une manifestation internationale qui s'est tenue à Las Vegas, Muriel Pénicaud devrait quitter le gouvernement". Muriel Pénicaud qui a "pris acte" de la décision du parquet a dit dimanche dans un communiqué attendre "sereinement les conclusions qui seront tirées à l'issue de la procédure".

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4 juillet 2017 2 04 /07 /juillet /2017 10:20

- La 2X2 voies Granville Avranches (enfin Ponts)

Le journal la Manche Libre nous a offert dans son édition du 1er juillet un article au titre évocateur « La Granville-Avranches se fera ! » assorti d’une photo montrant la mine réjouie de l’un des frondeurs Granvillais, Jean-Marc Julienne.

Il affirme «le contournement de Sartilly a été réalisé, celui de Marcey les Grèves est en construction et toutes les acquisition ont été faites. Il reste maintenant à trouver des compensations foncières avec le monde agricole afin de les pénaliser le moins possible ».

On ne peut que s’interroger sur de tels propos :

D’abord les acquisitions foncières réalisées avant que la compensation n’ait été réalisée ? Il faut être vraiment naïf pour signer dans de telles conditions.

Ensuite le brillant frondeur déclare « il faut trouver des compensations foncières » ? Bien mais où ?

Les terres agricoles ne sont pas extensibles ! Ce sont des centaines d’hectares de terres agricoles (souvent des prairies) englouties par cette infrastructure routière.

A moins que les élus ne songent à investir en l’acquisition de terres à l’étranger au détriment des populations locales comme le font certains pays ou groupes financiers !

Il faut le savoir la compensation en surface est IMPOSSIBLE sinon déshabiller Pierre pour habiller Paul selon le diction populaire.

Ces terres agricoles sont donc perdues à jamais.

Quant un projet de ce type murit dans la tête des élus, il doit toujours être assorti d’une alternative.

Dans le présent cas elle était connue, il s’agissait d’effectuer sur le tracé actuel des zones longues de doublement pour les véhicules lents.

Déjà la déviation de Sartilly a couté cher en perte de terres, mais aussi de prairies de linéaires de haies bocagères, quant à celle de Marcey les Grèves, c’est un gouffre énorme en perte d’espace agricole.

Enfin puisque rien ne semble freiner l’ardeur des destructeur du foncier agricole (et alimentaire) il serait bien que des mesures draconiennes de circulation soient prises notamment quant à la circulation des cars et surtout des camions, afin qu’ils empruntent OBLIGATOIREMENT ce nouveau réseau, et non plus les routes secondaires départementales à commencer par l’axe Avranches-La Haye Pesnel-Gavray, qui provoque une situation de dangerosité énorme dans le bourg de la Haye-Pesnel.

- Le développement des circuits courts !

Dans la même édition du journal on apprend que le conseil communautaire de Granville Terre et Mer envisage de « dynamiser les circuits courts » ! Que voilà une idée qu’elle est bonne aurait dit le regretté Coluche.

Et pour ce faire de diligenter une étude au coût approximatif de 30.000 €.

Là par contre on peut légitimement se poser des questions, la première étant de déléguer cette étude à un cabinet privé, alors que ce pourrait être une mission de la communauté de communes à un prix moindre, les économies étant reversées à la mise en place de l’approvisionnement en circuits courts.

Diantre, la plupart des producteurs sont connus, notamment en bio, car autant que faire ce peut, éviter de donner à consommer des produits traités (Carottes de Créances pourtant en AOP). Il y va de la pérennité de la santé des gens.

Il suffit déjà au conseil communautaire de contacter la Confédération Paysanne de la Manche et le Gab (Groupement des agriculteurs biologiques).

Une remarque intéressante a été effectuée par le maire de la Lucerne d’Outremer, en privilégiant dans un premier temps l’alimentation en circuits courts et bio notamment pour l’ensemble de la restauration collectives y compris bien sûr les cantines !

Cela peut donner des idées aux élus, nombre d’exemples existent déjà dans ce pays notamment à Bouguenais en Loire Atlantique, à Barjac (Gard) et à Mouans Sartoux (Alpes Maritimes) où la mairie a acquis des terres, embauché un maraîcher, qui cultive en bio pour fournir des légumes, destinés à confectionner les 1300 repas journaliers de la commune.

Les élus doivent être soutenus dans cette démarche locale, où aussi des commencements d’approvisionnement en bio et circuits courts ont été initiés et doivent se développer, en totalité en bio et pour l’ensemble de la restauration collective municipale.

Joël BELLENFANT

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3 juillet 2017 1 03 /07 /juillet /2017 08:19

Résistivité de la cuve de l’EPR : L’état juge et partie …

Communiqué CRILAN du 26 juin 2017  : La démocratie à la française est en marche !

Sans surprise, l’IRSN, partie prenante de l’Autorité de Sûreté nucléaire (ASN) vient de remettre à cette dernière l’alibi technique qu’elle attendait pour justifier la validation de la cuve défectueuse du réacteur nucléaire EPR de Flamanville, susceptible de ne pas résister à de fortes pressions et d’occasionner un accident majeur. Le contrôle des aciers rendus vulnérables par des excès de carbone a été effectué par…AREVA.

Récemment, la construction des installations nucléaires produisant de l’électricité en France a été transférée d’AREVA à EDF. Ceci ne signifie nullement qu’AREVA, à l’origine du projet EPR, a de ce fait obtenu la neutralité nécessaire pour contrôler la ténacité des aciers. Cependant, c’est AREVA qui a été chargée des expertises en cas de pression trop forte susceptible de créer un accident majeur, et ce, sur des pièces dites « sacrificielles » (1) autres que celles concernées.

Il n’est pas possible en démocratie et dans un Etat qui se dit « de droit », dans lequel on prétend respecter la séparation des pouvoirs, que l’on admette que l’Etat industriel AREVA soit contrôlé par lui-même, que la validation de ce contrôle bénéficie à …l’Etat industriel, (majoritaire à EDF), que l’avis de l’ Autorité sur la Sûreté nucléaire dont les directions sont nommées par le Gouvernement, le Président de l’Assemblée nationale et le Président du Sénat soit transmise à …L’Etat , institution politique.

Une fois de plus, avec le nucléaire, l’Etat montre ses tentations totalisantes. Rappelons que le président Macron avait annoncé avant son élection que Fessenheim ne serait arrêté en 2018 qu’après la mise en marche de l’EPR de Flamanville.

Après ces faux semblants de consultations diverses et en cas d’accident, qui sera responsable, qui sera coupable, les directions de L’IRSN ? de L’ASN ? d’AREVA ? d’EDF ? Le ministre de l’Environnement ? Les divers présidents concernés y compris celui de la République ? Le lampiste sous pression ou le « big chief »  ? 

Résistons et organisons-nous.

Contact CRILAN : 06 80 23 39 45 ou 06 08 84 22 22

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29 juin 2017 4 29 /06 /juin /2017 07:59

Invité ce matin sur BFMTV, le nouveau ministre de l’Agriculture Stéphane TRAVERS a déclaré tout de go « être favorable au retour des pesticides de type néonicotinoïdes en agriculture au prétexte que pour certaines cultures il n’existe pas de produits de substitution ».

Il a également dit « Nous ne sommes pas en conformité avec le droit européen »

Il est vrai que les députés Français (les précédents dont il faisait partie sous l’étiquette socialiste, il serait intéressant d’ailleurs de savoir ce qu’il a voté) ont voté l’interdiction des pesticides , avec des dérogations possibles jusqu’en 2020.

Monsieur TRAVERS sait ce qu’il en est puisque c’est le cas des producteurs de carottes de Créances (AOP de surcroît) qui utilisent par dérogation un pesticide interdit en France depuis plusieurs années.

Cela déjà pose question, comment font les maraîchers bios pour récolter sans pesticides ?

Mais je pense que notre vaillant député, en marche, devenu ministre a peut être reçu l’appui de lobbys puissants, voire également du syndicat majoritaire, puisque la France reste le premier utilisateur de ces produits en Europe.

Bien évidemment le ministre de la Transition écologique Hulot a réagi immédiatement, lequel a été appuyé aussitôt par le premier ministre qui tranché au profit de Hulot.

Mais il nous faut rester vigilants, d’autres tentatives auront certainement lieu.

Il est vrai que dans sa campagne le président Macaron 1er avait déclaré ne pas revenir sur cette interdiction.

Il a aussi écrit dans son programme vouloir placer la France en tête du combat contre les perturbateurs endocriniens et les pesticides, qu’il juge responsables du cancer des enfants depuis 20ans.

Il a oublié les adultes à commencer par les agriculteurs eux-mêmes, les arboriculteurs, les viticulteurs et les voisins de ces exploitations.

Le candidat à la présidence a également inclus dans son programme un financement de 5 milliards d’euros pour la transition agricole afin :

- de faire monter en gamme les exploitations agricoles.

- permettre leur adaptation aux normes environnementales.

- assurer le bien être animal.

Tout ceci peut paraître positif, mais les propos sont ambigus notamment « la montée en gamme des exploitations agricoles » si c’est pour accroitre la production, le nombre d’animaux par exploitation, l’agrandissement des exploitation, l’installation de robots, en bref voguer vers par exemple l'agro-industrie de la ferme des 1000 vaches, ce n’est sûrement pas le bon choix.

Il veut aussi être auprès des agriculteurs pour qu’ils vivent de leur travail et non d’aides publiques, certes bien mais ce n’est pas le modèle productiviste qui peut y conduire, mais l’agriculture bio qui en plus génèrera de nombreux emplois.

Il souhaite aussi que d’ici à 2022 (donc à la fin du mandat, c’est malin!) 50 % des produits des cantines scolaires et des restaurants d’entreprise, soient bio, écologiques et issus de circuits.

C’est presque parfait, mais il ne faut pas oublier l’ensemble de la restauration collective municipale y compris les maisons de retraite. Pourquoi aussi seulement 50 % ?

Il faut inciter à la conversion des exploitations en bio, mais il faut aussi limiter la taille, afin de ne pas sombrer dans l’agro-industrie bio.

Ce programme est loin d’être ambitieux, si en plus le ministre de l’agriculture tente d’amoindrir ces maigres perspectives, à nous consommateurs d’être vigilants.

C’est curieux un article de la Gazette de la semaine dernière parlait de l’augmentation du prix du beurre, notamment pour les professionnels de la restauration, de la pâtisserie, de la boulangerie. L’auteur parmi les facteurs n’hésite pas à citer la mauvaise qualité du lait moins riche en matières grasses. La cause n’en serait elle pas le mode d’élevage des vaches laitières, souvent en stabulation courtes, nourries au maïs ensilé et aux tourteaux de soja ?

Attention à la réglementation, l’agriculture en réclame depuis longtemps, moins, Beulin en était l’ardent défenseur, mais tout ceci pour continuer à produire du volume plutôt que de la qualité, et le tout au détriment tant du porte monnaie, mais surtout de la SANTE du consommateur.

Alors prenons les paris, cette fois-ci le premier ministre a choisi Hulot plutôt que Travers, la suite à la prochaine étape, qui sortira le premier et dans combien de temps ?

 

Joël BELLENFANT

 

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28 juin 2017 3 28 /06 /juin /2017 17:38

Le sociologue Éric Fassin dénonce les dangers des dispositifs qui se mettent en place au nom de l’état d’urgence, qui s’apparentent à un « coup d’État légal ».

Avec l’entrée de ce texte dans le droit commun, nous évoluons vers un état d’urgence permanent. Qu’est-ce que cela dit de notre société ?

Éric Fassin En premier lieu, cela pointe une chose importante de notre régime politique. L’inscription de l’état d’urgence dans le droit commun, c’est-à-dire de l’exception dans la règle, manifeste une contradiction profonde. D’un côté, on nous parle constamment de protéger la démocratie des menaces qui pèsent sur elle – que ce soit le terrorisme ou, on l’a vu à l’occasion de l’élection présidentielle, le Front national. D’un autre côté, les dirigeants néolibéraux n’ont de cesse de saper les fondements de la démocratie, à commencer par les libertés publiques. On songe à la phrase d’un militaire états-unien pendant la guerre du Vietnam : « Il fallait détruire ce village pour le sauver. » Pour sauver la démocratie du terrorisme, on est prêt à renoncer aux droits démocratiques les plus élémentaires. Le problème n’est pas de savoir si l’on fait confiance (ou pas) à nos dirigeants : pour conserver la démocratie, il ne faut pas compter sur la vertu républicaine de nos dirigeants, mais sur la solidité de nos institutions. Et si le FN arrivait au pouvoir en 2022 ? Il aurait déjà à sa disposition tous les outils légaux pour imposer son ordre…

Vous parlez de coup d’État légal. Qu’est-ce que cela signifie ?

Éric Fassin L’état d’urgence, ce n’est plus seulement un cadre juridique. C’est un état d’esprit. On respecte les formes du droit, mais on vide la démocratie de tout contenu. En Grèce, le coup d’État ne se fait plus avec des tanks, mais des banques ; au Brésil, non plus avec des bottes, mais des votes ; en France, ce sont le 49-3 ou les ordonnances. Le coup d’État légal se fait même au nom de la démocratie – comme en Turquie, où Erdogan justifie ainsi sa prise des institutions. C’est en ce sens qu’on peut parler de « coup d’État démocratique ». Après la chute du mur de Berlin, on nous disait que marché et démocratie allaient de pair. Or aujourd’hui, le marché à tout prix, c’est aussi au prix de la démocratie. L’État n’est pas forcément du côté de la démocratie – bien au contraire. Par exemple, l’état d’urgence est instrumentalisé à des fins politiques dans les conflits sociaux : il y a un pouvoir discrétionnaire d’interdire telle manifestation ou d’autoriser telle autre. Et les violences d’État, policières ou judiciaires, menacent le droit de manifester – comme on vient de le voir à Rennes.

De quelle manière s’opèrent les violences policières à la faveur de l’état d’urgence ?

Éric Fassin Depuis longtemps, les « jeunes », c’est-à-dire les hommes des quartiers populaires, souvent d’origine étrangère, sont victimes de violences policières. Jusqu’à récemment, c’était le plus souvent dans l’indifférence générale – sauf en cas d’émeutes, comme en 2005. Ce qui a changé avec la répression du mouvement contre la loi travail, c’est que la violence policière s’est étendue des banlieues aux centres-villes, des classes populaires aux classes moyennes, des « racisés » aux « Blancs ». Les banlieues ont donc servi de laboratoire à une répression d’État qui ne vise plus seulement les gens pour ce qu’ils sont (leur apparence), mais aussi désormais pour ce qu’ils font (politiquement).

Il semble parfois délicat de s’opposer politiquement à ce coup d’État légal…

Éric Fassin Pourquoi un tel recul des libertés ne provoque-t-il pas une résistance voire une révolte démocratique ? C’est que la plupart des gens ne se sentent pas visés personnellement ; on a l’illusion que cela concerne les autres, qui peut-être le méritent… Regardez le récent rapport du Défenseur des droits : dans l’ensemble, la population est satisfaite de sa police. C’est une minorité qui est victime des abus. C’est ainsi qu’on s’habitue, parce qu’on n’est pas directement affecté. Par exemple, qui s’indigne qu’aujourd’hui, dans les manifestations, la police confisque le sérum physiologique comme si c’était une arme ? C’est l’envers d’une autre réalité : l’utilisation systématique des gaz. Il y a ceux qui s’indignent qu’on parle de « gazer » en oubliant de s’indigner de la réalité que désigne ce mot ; de même pour « rafles ». Il faut des violences policières lors du 1er Mai, soit une manifestation familiale, pour qu’on commence à se demander : et moi, serai-je toujours épargné ?

Eric Fassin

Sociologue et professeur à Paris-VIII.

Entretien réalisé par Mehdi Fikri
Mercredi, 21 Juin, 2017
L'Humanité
Entretien réalisé par Mehdi Fikri
Mercredi, 21 Juin, 2017
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Mercredi, 21 Juin, 2017
L'Humanité

Le sociologue Éric Fassin dénonce les dangers des dispositifs qui se mettent en place au nom de l’état d’urgence, qui s’apparentent à un « coup d’État légal ».

Avec l’entrée de ce texte dans le droit commun, nous évoluons vers un état d’urgence permanent. Qu’est-ce que cela dit de notre société ?

Éric Fassin En premier lieu, cela pointe une chose importante de notre régime politique. L’inscription de l’état d’urgence dans le droit commun, c’est-à-dire de l’exception dans la règle, manifeste une contradiction profonde. D’un côté, on nous parle constamment de protéger la démocratie des menaces qui pèsent sur elle – que ce soit le terrorisme ou, on l’a vu à l’occasion de l’élection présidentielle, le Front national. D’un autre côté, les dirigeants néolibéraux n’ont de cesse de saper les fondements de la démocratie, à commencer par les libertés publiques. On songe à la phrase d’un militaire états-unien pendant la guerre du Vietnam : « Il fallait détruire ce village pour le sauver. » Pour sauver la démocratie du terrorisme, on est prêt à renoncer aux droits démocratiques les plus élémentaires. Le problème n’est pas de savoir si l’on fait confiance (ou pas) à nos dirigeants : pour conserver la démocratie, il ne faut pas compter sur la vertu républicaine de nos dirigeants, mais sur la solidité de nos institutions. Et si le FN arrivait au pouvoir en 2022 ? Il aurait déjà à sa disposition tous les outils légaux pour imposer son ordre…

Vous parlez de coup d’État légal. Qu’est-ce que cela signifie ?

Éric Fassin L’état d’urgence, ce n’est plus seulement un cadre juridique. C’est un état d’esprit. On respecte les formes du droit, mais on vide la démocratie de tout contenu. En Grèce, le coup d’État ne se fait plus avec des tanks, mais des banques ; au Brésil, non plus avec des bottes, mais des votes ; en France, ce sont le 49-3 ou les ordonnances. Le coup d’État légal se fait même au nom de la démocratie – comme en Turquie, où Erdogan justifie ainsi sa prise des institutions. C’est en ce sens qu’on peut parler de « coup d’État démocratique ». Après la chute du mur de Berlin, on nous disait que marché et démocratie allaient de pair. Or aujourd’hui, le marché à tout prix, c’est aussi au prix de la démocratie. L’État n’est pas forcément du côté de la démocratie – bien au contraire. Par exemple, l’état d’urgence est instrumentalisé à des fins politiques dans les conflits sociaux : il y a un pouvoir discrétionnaire d’interdire telle manifestation ou d’autoriser telle autre. Et les violences d’État, policières ou judiciaires, menacent le droit de manifester – comme on vient de le voir à Rennes.

De quelle manière s’opèrent les violences policières à la faveur de l’état d’urgence ?

Éric Fassin Depuis longtemps, les « jeunes », c’est-à-dire les hommes des quartiers populaires, souvent d’origine étrangère, sont victimes de violences policières. Jusqu’à récemment, c’était le plus souvent dans l’indifférence générale – sauf en cas d’émeutes, comme en 2005. Ce qui a changé avec la répression du mouvement contre la loi travail, c’est que la violence policière s’est étendue des banlieues aux centres-villes, des classes populaires aux classes moyennes, des « racisés » aux « Blancs ». Les banlieues ont donc servi de laboratoire à une répression d’État qui ne vise plus seulement les gens pour ce qu’ils sont (leur apparence), mais aussi désormais pour ce qu’ils font (politiquement).

Il semble parfois délicat de s’opposer politiquement à ce coup d’État légal…

Éric Fassin Pourquoi un tel recul des libertés ne provoque-t-il pas une résistance voire une révolte démocratique ? C’est que la plupart des gens ne se sentent pas visés personnellement ; on a l’illusion que cela concerne les autres, qui peut-être le méritent… Regardez le récent rapport du Défenseur des droits : dans l’ensemble, la population est satisfaite de sa police. C’est une minorité qui est victime des abus. C’est ainsi qu’on s’habitue, parce qu’on n’est pas directement affecté. Par exemple, qui s’indigne qu’aujourd’hui, dans les manifestations, la police confisque le sérum physiologique comme si c’était une arme ? C’est l’envers d’une autre réalité : l’utilisation systématique des gaz. Il y a ceux qui s’indignent qu’on parle de « gazer » en oubliant de s’indigner de la réalité que désigne ce mot ; de même pour « rafles ». Il faut des violences policières lors du 1er Mai, soit une manifestation familiale, pour qu’on commence à se demander : et moi, serai-je toujours épargné ?

Eric Fassin

 

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28 juin 2017 3 28 /06 /juin /2017 17:33

 

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