La Grèce malade du démantèlement de son système de santé
À quelques heures des élections législatives en Grèce que le parti de la gauche, Syriza, est en position de remporter, les Grecs essayent de survivre. Si tous les pans de la société sont détruits, la santé est particulièrement affectée. Reportage.
À l’entrée des urgences de l’hôpital Evangelismos, le plus grand de la capitale grecque, la file d’ambulances et de véhicules du Samu est sans fin. Ce flot continu semble ne pouvoir être absorbé bien que le personnel s’affaire, sans cesse. Pour essayer de sauver des vies, pour mener au plus vite malades et personnes âgées au bloc, pour les mettre sous oxygène dans une salle appropriée alors qu’il n’y a plus de bombonne disponible afin d’assurer la sortie des véhicules sanitaires.
Brancardiers, infirmières et infirmiers, médecins… courent dans tous les sens, évitant parfois de peu un futur patient qui, lui, fait la queue pour être vu par un interne. Combien sont-ils ? Impossible de compter. La file d’attente déborde largement sur le trottoir devant le hall d’accueil.
« C’est l’hôpital de permanence aujourd’hui, explique un ambulancier tout en déplaçant son véhicule pour céder sa place à un autre. Depuis la réorganisation, c’est tous les jours comme ça, partout. Seul le lieu change. » De l’après-midi jusqu’au lendemain matin, les urgences sont concentrées dans un des hôpitaux de la capitale, chargé, tous les quatre jours, d’assurer les permanences. Evangelismos, le plus grand d’entre eux avec 950 lits et 3.000 salariés, dispense toutes les spécialités sauf gynécologie, maternité et pédiatrie.
Cardiologue et président du syndicat des travailleurs d’Evangelismos, Ilias Sioras s’inquiète de la diminution constante des dépenses de santé. En 2009, elles s’élevaient à 23,2 milliards d’euros ; aujourd’hui, elles sont de 16,4 milliards. Le public est particulièrement touché. Son budget est passé de 16,1 milliards à 11,2 milliards fin 2013. Cette baisse brutale est avant tout liée à la politique menée en Grèce depuis 2010. Afin d’éviter le défaut de paiement, les gouvernements ont accepté des "aides" de la Troïka – en réalité, des prêts d’un montant total de 240 milliards – en échange de l’application d’un programme d’austérité. La santé est un des secteurs les plus affectés.
« Nous avions 135 hôpitaux en Grèce, aujourd’hui nous n’en avons plus que 115. Et l’objectif, dans le cadre du plan "Santé 2020" qui suit la stratégie UE 2020, est d’avoir moins de 80 hôpitaux dans le pays », déplore le cardiologue. Et de poursuivre : « Avant, la Grèce était dotée d’environ 200 centres en zone rurale. Seule la moitié fonctionne encore ».
Le Parti de Gauche

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